On cherche souvent les 4 principes de la Gestalt après en avoir entendu parler : dans un article, dans la bouche d’un proche qui suit une thérapie, ou sur un forum de discussion. On trouve des listes et des définitions qui s’accumulent parfois sans vraiment s’articuler.
La Gestalt-thérapie s’appuie sur de nombreux concepts fondateurs. Quatre d’entre eux reviennent régulièrement comme points d’entrée dans l’approche : l’ici et maintenant, le contact, la figure et le fond, et la responsabilité. Cet article prend chacun de ces 4 principes de la Gestalt et le regarde à travers ce qu’il produit concrètement, en séance et dans la vie quotidienne, plutôt que de l’abstraire dans une définition. Pour une présentation plus large du fonctionnement de la Gestalt-thérapie, l’article comment fonctionne la Gestalt-thérapie constitue un point de départ utile.
L’ici
et maintenant
L’ici et maintenant est souvent le premier principe qu’on cite, et aussi le plus mal compris.
Il ne signifie pas qu’on ignore le passé. Le passé compte, il structure, il laisse des traces dans le corps et dans la façon de réagir. En Gestalt-thérapie, on l’aborde à travers ce qu’il produit maintenant : dans la façon de respirer, de se tenir, de se comporter quand quelque chose menace ou dérange.
Julien remarque qu’il coupe la parole à la personne qui partage sa vie, puis s’en veut pendant des heures. Ce schéma revient. En séance, ce n’est pas l’histoire de Julien depuis l’enfance qui est au centre : c’est ce geste-là, maintenant. Comment il arrive. Ce qu’il annonce. Ce qu’il cherche à éviter.
L’ici et maintenant est une posture : ce qui est vivant dans la séance constitue le meilleur matériau de travail disponible. C’est aussi ce qui rend chaque séance singulière : on n’y applique pas un protocole, on y part de ce qui est là.
Le contact
Le contact est peut-être le concept le plus central de la Gestalt-thérapie.
En Gestalt, le contact désigne la qualité de la rencontre entre soi et ce qui n’est pas soi : l’autre, une émotion, une situation. On régule ce contact en permanence. On s’approche, on s’éloigne, on s’ouvre, on se ferme. Ces mouvements sont naturels. Ils deviennent problématiques quand ils se rigidifient : quand on ne peut plus faire autrement.
Ceux qui ont l’habitude de se retirer dès qu’une relation s’intensifie, ou de se fondre dans l’autre sans garder de distance, ont développé des façons particulières de gérer le contact. Ces façons ne sont pas des défauts : elles ont souvent constitué des réponses créatives à des situations difficiles. Avec le temps, elles peuvent contribuer à un manque d’estime de soi, quand la relation à l’autre finit par primer sur la relation à soi-même.
La Gestalt-thérapie ne corrige pas ces façons d’entrer en contact. Elle les rend visibles, elle en explore l’origine, et elle ouvre l’espace à de nouvelles possibilités : celles de choisir sa réponse plutôt que de réagir automatiquement.
La figure
et le fond
Ce troisième principe vient de la psychologie de la forme, dont la Gestalt-thérapie tire son nom.
À chaque instant, notre attention se porte sur quelque chose qui se détache d’un arrière-plan. Ce qui s’impose à nous, qu’il s’agisse d’une sensation, d’une émotion ou d’une pensée, constitue la figure. Tout le reste forme le fond. En thérapie, ce principe s’applique à la façon dont on vit son expérience intérieure : certaines choses cherchent à émerger et à être reconnues, d’autres restent en retrait, faute d’espace ou de permission.
Quelqu’un qui dit ne penser à « rien de particulier », mais qui sent une tension dans les épaules revenir sans cesse, porte quelque chose qui cherche à devenir figure : à émerger, à être nommé, à trouver une résolution. Le travail en séance consiste à ralentir suffisamment pour distinguer ce qui se présente réellement, au milieu du bruit de fond.
Ce principe explique pourquoi un praticien en Gestalt-thérapie peut s’arrêter sur un geste, une inflexion de voix, un silence. Ces éléments semblent mineurs : ils constituent parfois la figure la plus chargée du moment.
La responsabilité
Le quatrième des principes de la Gestalt est souvent celui qui surprend le plus.
En Gestalt-thérapie, la responsabilité ne désigne pas la culpabilité. Elle désigne la capacité à répondre : à la situation, à ce qu’on ressent, à ce qu’on choisit ou à ce qu’on évite de choisir. C’est une notion existentielle : on ne choisit pas ce qu’on a reçu, on ne choisit pas les conditions dans lesquelles on a grandi, on ne choisit pas les façons d’être qui se sont installées en nous avant qu’on ait pu les examiner. La Gestalt désigne ce processus par le terme d’introjection.
Julien a grandi dans un environnement où montrer sa colère était perçu comme dangereux. Il a appris à la retenir, à l’avaler. Ce fonctionnement s’est installé sans être décidé. Aujourd’hui, il en est arrivé à ne plus sentir quand il est en colère : il le découvre après coup, à travers ses comportements. Ce pattern, parfois transmis de génération en génération, est ce qu’éclaire le travail sur les schémas répétitifs transgénérationnels.
La Gestalt-thérapie aide à reprendre contact avec ces réponses automatiques, à en comprendre l’origine, et à retrouver progressivement une marge de liberté. La responsabilité, ici, c’est cette capacité à faire quelque chose de ce qu’on a reçu, sans se blâmer pour ce qu’on n’avait pas choisi. Pour ceux qui ressentent un décalage entre leurs réactions et qui ils sont vraiment, cette expérience rejoint parfois ce que décrit le sentiment de ne plus savoir qui on est.
Questions fréquentes sur les 4 principes de la Gestalt
Ces principes sont-ils propres à la Gestalt-thérapie ?
L’ici et maintenant, le contact et la notion de figure et de fond trouvent leurs racines dans des courants plus larges : la phénoménologie, l’existentialisme, la psychologie de la forme. La Gestalt-thérapie les a intégrés dans une pratique clinique cohérente, organisée autour de la relation et de l’expérience immédiate. Ce qui est spécifique à l’approche gestaltiste, c’est la façon dont ces principes s’articulent dans la séance, à travers la présence du praticien et non dans l’application d’un protocole.
Faut-il connaître ces principes pour commencer une thérapie gestaltiste ?
Ces principes décrivent ce qui se passe dans le travail : ils n’en sont pas la condition d’accès. On entre en Gestalt-thérapie avec ce qui est là, pas avec un bagage théorique. La plupart de ceux qui commencent un accompagnement gestaltiste n’en ont aucune connaissance préalable, et c’est très bien ainsi. La théorie s’éclaire, si besoin, dans l’expérience elle-même.
Ces 4 principes de la Gestalt ne forment pas un programme à suivre. Ils décrivent une façon d’être présent à ce qui se passe : dans la séance, dans la relation, dans la capacité à se rejoindre soi-même. C’est ce qui différencie cette approche d’une thérapie centrée sur les techniques ou sur la seule analyse du passé.
Pour approfondir les fondements théoriques de l’approche, l’École Humaniste de Gestalt propose des ressources sur l’histoire et les principes de la Gestalt-thérapie.
Pour aller plus loin
- Perls F., Hefferline R., Goodman P. — Gestalt-thérapie (éd. L’Exprimerie) — traduit de Gestalt Therapy: Excitement and Growth in the Human Personality (1951), texte fondateur de l’approche.
- Ginger S. — La Gestalt : l’art du contact — la référence d’introduction la plus accessible en langue française.

